Rencontre avec Dmitry – 1

Me voici à Moscou, depuis déjà six jours. Ce n’est que maintenant, à une journée du départ que je trouve un peu de temps pour raconter ce voyage et cette rencontre hors du commun avec Dmitry, le garçon russe des photos trouvées.

Russian boy 3

Dmitry’s first day at school

 

En novembre dernier, après six semaines de recherche via les réseaux sociaux et l’aide du magazine de photos russe Rosphotos, je retrouve le garçon de la pellicule abandonnée dans un vieil appareil photo soviétique acheté au marché aux puces d’Izmailovo en juillet 2017. France 2 en fait un sujet pour le 20h, ce qui m’évite de re-raconter toute cette histoire dont les médias se s’emparent un peu partout dans le monde entier. Elle comporte en effet tous les ingrédients du conte de Noël.

grab France 2

Mais c’est à Moscou ces derniers jours que le conte de Noël se réalise vraiment. A part le quotidien russe – la Komsomolskaya Pravda – qui avait publié le tout premier article en Russie et Rosphotos, nous n’intéressons plus les médias : le phénomène “news” est passé, Noël aussi est dernière nous. Il n’y a plus que Dmitry, sa famille, moi et mes gentils accompagnateurs : à savoir mes amis Marion et son mari, Tristan, et ma fille Pauline et son petit ami, Nick dans l’histoire. Et bien sûr les gens que nous rencontrons en route ou qui ont un lien avec les photos trouvées.

Pavel le journaliste de la Komsomolskaya Pravda est avec Dmitry pour m’accueillir à l’aéroport de Demodedovo et rédiger un nouvel article. Bien lui en prend car personne ne m’accompagne pour filmer notre rencontre et je ne veux avoir l’air ni d’un spéléologue égaré, ni d’une fanatique de sports extrêmes avec une Gopro fixée sur la tête.

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Dmitry est caché derrière un énorme bouquet de fleurs. Il semble plus petit que je l’imaginais mais je le reconnais de loin. Le sourire n’a pas changé, il s’est même accentué autour des yeux. La rencontre se déroule naturellement, comme si chacun d’entre nous retrouvait un ami de longue de date, perdu de vue pendant des années. Dehors, il tombe une espèce de neige fondue et Dmitry est désolé de ce temps pourri si inhabituel pour cette période de l’année. Je grimpe dans la Cadillac automatique 4×4 de Dmitry. Pavel, à l’arrière, se met à poser toutes sortes de questions.

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Dmitry traduit, conduit et répond aux questions. Quant à moi, je filme et j’essaye de ne pas manquer une miette de toute cette conversation. Un sourire quasi constant illumine le visage de notre chauffeur. Et je pense que le mien est aussi très certainement figé dans une expression béate. Une petite heure plus tard, nous arrivons à l’hôtel Alpha, construit pour les JO de 1980 et grandement kitsch. C’est là que nous avons séjourné l’été dernier avec Elisa, l’amie qui m’avait traînée au marché d’Izmailovo. J’ai un pincement au coeur. Je n’aurais jamais imaginé que six mois plus tard, je serais de nouveau là, embringuée dans une histoire de vieilles photos.

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Marion et Tristan nous attendent. Ils sont arrivés la veille. L’histoire les a conquis. Et c’est une occasion de découvrir Moscou. Après quelques bières et une ébauche de planning pour la semaine, Dmitry – qui se contenté d’un café, au volant c’est tolérance quasi zéro – nous quitte. On se retrouvera le 1er janvier.

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Entre temps, le lendemain, nous allons chercher Pauline et son ami Nick à la station de train Belorussky. Ils ont décidé d’arriver à Moscou en train, depuis Berlin, via la Pologne et la Biélorussie. Nous passons la soirée du 31 décembre à essayer de trouver un restaurant ouvert dans le quartier de Sportivnaya où je me souvenais d’un très bon restaurant géorgien mais tout était fermé.

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Un couple de retraités russes un brin émêché, jovial et charmant, se prend de pitié pour nous et essaye de trouver quelque chose d’ouvert… en vain. Alors, ils nous emmènent au pied de leur immeuble, sur une aire de jeux. Ils ne parlent que russe et, malgré les quelques mots d’allemand de la femme dont je comprend que le prénom est Arla, on ne sait pas trop ce qu’on fait là. Léo, son mari, s’esquive et revient avec une bouteille de Vermouth, un verre et une tartine au saumon. Il nous fait boire les uns après les autres dans le même verre et fait passer de la même manière la tartine. Nous comprenons qu’ils ne peuvent pas faire plus, que leur appartement est minuscule et qu’y tenir tous est impossible. Nous sommes épatés par cette gentillesse spontanée, une belle leçon d’humanité. Puis, nous décidons de quitter l’aire de jeux, d’aller dans le centre, voir un peu à quoi ressemble un réveillon aux abords de la Place Rouge : bain de foule et décors artificiels à gogo. Nous sommes aux antipodes de ce que nous venons de vivre à Sportivnaya. Nous finissons par trouver un restaurant, d’une lenteur incroyable. Nous avons la chance de trinquer juste avant les douze coups de minuit et le discours de Poutine à la télé. Sa petite voix nous surprend tous d’ailleurs…

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Le 1er janvier, Dmitry, son épouse Maria et leurs deux fils, Igor, 5 ans et Feodor, 3 ans, nous attendent à la station de Semyonovskaya. J’avais lancé l’idée d’aller faire du patin à glace. Quelle idée ! Je ne tiens même pas debout sur des patins… J’avais peut-être été gagnée par l’esprit de Noël, en Russie, en hiver…

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Dmitry, Feodor, Igor and Maria on the tram

En tout cas, Dmitry séduit par l’idée choisit de nous emmener carrémment patiner sur la plus grande patinoire d’Europe au parc des expositions VDNKh. Mais il faut d’abord prendre des forces et nous sommes tous d’accord pour suivre Dmitry dans un café à la déco soviétique, le Varenichnaya. Notre grande tablée ressemble à n’importe quelle table d’amis qui se retrouvent un dimanche midi ou un jour férié pour gueuletonner et passer du temps ensemble. Tout continue à être simple. Je suis ravie de me retrouver au milieu des posters de mon héros, Youri Gagarine, et de goûter à un borsch délicieux, accompagné d’un pain noir succulent, d’ail et d’oignons de printemps qu’on mange avec du sel… Dmitry nous prie d’attendre avant de manger. Il faut d’abord avaler cul-sec un petit verre de vodka. “Le goût du borsch est bien meilleur après”, dit-il.

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Dmitry et Maria travaillent beaucoup. C’est la première fois qu’ils font du patin tous ensemble avec les enfants. Chacun patine à son rythme. Je me retrouve bien entendu à la traîne très vite – je tiens quand même à remercier Marion pour son soutien physique et moral les 15 premières minutes sur la glace – mais je ne me décourage pas et tant bien que mal, je réussis à faire le tour de cette patinoire géante. Un mini-exploit pour moi aux conséquences douloureuses sur mes pieds et mon dos…

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Nous avons tous le sourire en sortant de la patinoire, les enfants sont ravis. La balade dans VDNKh continue, d’un pavillon à l’autre – chacun représente une république de l’URSS et des bâtiments officiels – jusqu’à un espace cosmos où trône la fusée Vostok 2 – Gagarine eut l’honneur d’être aux commandes de Vostok 1 – et d’autres vaisseaux spatiaux. Je découvre que Dmitry est passionné par les avions et collectionne les modèles.

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Il fait nuit depuis déjà quelques heures. Les enfants sont éreintés mais ne montrent aucun signe de protestation. Ils marchent sans broncher jusqu’au métro dans lequel ils s’écroulent de fatigue, comme moi… Dmitry et sa famille nous ont quittent à  Elektrozavodskaya, à deux stations de la nôtre, Partisanskaya. Nous rentrons à l’hôtel Alpha, enchantés par cette journée de détente et de loisir presque banale et pourtant le fruit d’une rencontre hors du commun.

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